Un tournant dans la gouvernance d'entreprise?
Au cours des années 1990 on a beaucoup insisté sur la création de valeur pour l’actionnaire. Il s’en est suivi le développement de la corporate finance et de la corporate governance. Cela a permis des avancées positives comme une meilleure information de l’actionnaire sur les risques et la généralisation du contrôle interne et, en ce qui concerne l’informatique, le développement puis la diffusion de Cobit comme référentiel d’audit des systèmes d’information. Au début des années 1990, la publication des comptes trimestriels est devenue une pratique courante. Les exigences de rentabilité pour les actionnaires ont conduit aussi à privilégier le cours terme. On se souvient au début des années 2000 des manipulations de comptes chiffrées en milliards de dollars. Les irrégularités ont touché un grand nombre d’entreprises (au-delà des cas délirants d’Enron ou Worldcom) dont les dirigeants voulaient présenter des résultats à la hauteur des exigences de leurs actionnaires. Time Warner a par exemple accepté de payer une amende de 300 millions de dollars pour mettre un terme aux accusations de la SEC, le gendarme de la bourse américaine.
De manière générale, avertit Claude Bébéar, fondateur et ancien dirigeant d’Axa, à trop privilégier l’actionnaire, on est bien obliger de presser les autres parties prenantes de l’entreprise comme des citrons : les fournisseurs, les clients, les salariés. A force d’allouer toute la valeur créée à un seul acteur, on finit par mettre l’entreprise en péril. Les fournisseurs sont mis en difficulté et ne peuvent plus investir pour innover, c’est l’entreprise en pâti. Les clients ne trouvent plus leur compte et partent à la concurrence, l’entreprise n’en sort pas gagnante. Les salariés lassés de subir la pression tentent leur chance ailleurs. « La difficulté du dirigeant est de se concentrer sur le long terme, de maintenir un juste équilibre entre les parties prenantes, ce qui implique qu’il faut parfois savoir dire non à l’actionnaire. »
Il est de plus en plus question de privilégier le long terme et d’arrêter la publication des prévisions trimestrielles. Selon le patron d’Office Depot, Steve Odland, qui a animé un groupe de travail sur les questions de corporate governance, « Une fois qu’on publie un prévisionnel, toute l’organisation est obsédée par cette cible à court terme plutôt que d’essayer de faire ce qu’il y a de mieux pour l’entreprise. » De fait en 2006, Pfizer, Intel et Motorola ont été les premières entreprises à cesser de publier leurs prévisions trimestrielles. Depuis la moitié des entreprises cotées leur ont emboité le pas.
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