08 Nov 2008 |
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D’un côté, SAP n’aurait aucun intérêt à collaborer avec des chercheurs susceptibles de compromettre son modèle économique. De l’autre les chercheurs n’ont pas intérêt à mordre la main qui les nourri. Aussi, on peut s’interroger sur les conclusions proposées par Aral, Brynjolfsson et Wu dans WHICH CAME FIRST, IT OR PRODUCTIVITY? THE VIRTUOUS CYCLE OF INVESTMENT AND USE IN ENTERPRISE SYSTEMS. Le chiffrage présenté semble fiable pour quatre raisons :
Cependant, les conclusions des chercheurs est très discutable pour trois raisons. D’une part l’échantillon utilisé pour l’étude n’est pas représentatif de tous les projets. D’autre part les chercheurs auraient pu faire le choix d’indicateurs plus pertinents. Enfin les résultats présentés sont confortables pour une partie la communauté scientifique autant que pour SAP… Nous proposons une autre lecture des résultats. 1. Le biais d’échantillonnage Seules sont prises en compte les sociétés qui ont réussi leur projet. Sont exclues du champ de l’étude :
Nous sommes ici dans les meilleurs cas des mises en œuvre SAP. Les projets en échec ne sont pas pris en compte, ce qui tire les résultats de l’étude vers le haut. 2. Interprétation des indicateurs de performance
La hausse de la productivité du travail (chiffre d’affaires / nombre de salariés) n’est pas significative. L’étude n’indique pas si l’entreprise a augmenté ses achats de services, ce qui est vraisemblable dans le cas de la mise en œuvre d’un ERP. La productivité du travail peut augmenter non du fait d’une meilleure efficacité des salariés, mais à cause du recours à la sous-traitance.
Comparer l’utilisation des actifs (chiffre d’affaires / actifs économiques) n’a pas beaucoup de sens dès lors que l’entreprise s’est mise à acheter davantage de services produits à l’extérieur.
L’impact sur la rentabilité des capitaux propres (ROE) peut être imputé à une modification de la structure financière de l’entreprise : on voit justement que la dette financière des entreprises augmente. Il aurait été préférable d’utiliser un autre indicateur de rentabilité indépendant de la structure financière des entreprises tel que le ROCE (return on capital employed).
Les entreprises étudiées sont toutes des entreprises cotées. Or il n’est pas présenté d’indicateur sur les dividendes versés, ni sur le cours des actions… 3. Les résultats confortent les uns et les autres sur leur position Les résultats affichés par les chercheurs constituent une bonne promotion pour SAP : "en achetant des licences ERP, SCM et CRM vous améliorer les performances de votre entreprise". Or ces investissements sont coûteux et prennent des années… SAP pourrait s’appuyer sur la force de ses résultats pour proposer à ses clients une facturation alignée sur les résultats. Il n’en est rien. C’est au client de prendre le risque! Les chercheurs sont issus du courant néo-classique. Un de leurs objectifs est de démontrer la rationalité économique de la prise de décision. Ce point est purement théorique : il signifie qu’en prenant la décision de mettre en œuvre un ERP, le décideur connaît par avance tous les impacts. Les auteurs : en réussissant la mise en œuvre d’outils informatiques, les entreprises sont incitées à investir davantage. Cette approche s’oppose à un courant des sciences économiques dit des coûts de transaction (issu de Coase et Williamson) qui admet que des facteurs, autre que la rationalité, peuvent intervenir dans les prises de décision. |