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10 | 03 | 2010
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« Il ne devrait pas y avoir de projets informatiques, mais des projets de l'entreprise à composante informatique » Jean-Louis Leignel, Vice President de l'IT Governance Institute

06

Fév

2009

L'ordinateur ira-t-il dans les nuages?
Blog - Recherche en sciences économiques
Écrit par Yves Cavarec   

Aujourd’hui les sirènes chantent pour le cloud computing (littéralement l’informatique dans les nuages), qui désigne un système d’information hébergé quelque part hors de l’entreprise de sorte que les données et les outils de calcul sont entre les mains des fournisseurs qui s’en occupent.

Des promesses d’économies spectaculaires

À en croire les fournisseurs spécialisés sur ces technologies, le cloud computing n’a que des vertus. Il permet au client de réduire considérablement ses équipements puisque matériels et logiciels sont hébergés par un fournisseur. Le client y accède par une simple connexion Internet et peut désormais s’affranchir de pesantes directions informatiques et se concentrer sur son activité principale. Les avantages  annoncés par rapport aux technologies installées sont nombreux : une plus grande simplicité, une meilleure qualité de service, une bien plus grande flexibilité, une installation plus rapide, un plébiscite des utilisateurs et surtout des coûts de possession sérieusement diminués. Avec le cloud computing l’informatique devient utilities comme l’eau ou l’électricité : l’entreprise s’affranchit des investissements et ne paie que ce qu’elle consomme, c’est le principe du SaaS (Software as a Service). C’est le fournisseur qui investit et plus le client. Un nouveau monde !

 

Des entreprises se créent aujourd’hui, réalisant des économies sur le poste informatique, ce qui leur permet de dégager de la trésorerie, carburant des créateurs. De nombreuses directions informatiques, à qui la direction générale demande des réductions de coûts par ces temps de crise, étudient sérieusement les opportunités proposées par le cloud computing. Google, un des principaux promoteurs de ce modèle, a sauté le pas : depuis 2006,  les utilisateurs, les développeurs n’utilisent plus que des technologies maison toutes basées sur le cloud computing. 36 entreprises du CAC 40 utilisent des solutions de Salesforce. Cet éditeur de logiciel américain développe depuis 10 ans déjà des solutions également basées sur le modèle et réalise aujourd’hui 1 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Didier Lambert, DSI d’Essilor et ancien président de l’influent club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF), affirme qu’il est naturel d’aller voir la solution proposée par Google qui « représente une avancée majeure ». Les plus grands (IBM, Sun Microsystem, HP, EMC…) investissent massivement dans le cloud computing.

Le glas des directions informatiques ?

Les systèmes actuels vont-ils disparaître ? En informatique les anciennes technologies perdurent : on pense aux gros systèmes d’IBM appelés à disparaître dans les années 80 et qui rendent toujours de bons services. Si le modèle du cloud computing se confirme, ce sera probablement en complément de l’existant, du moins dans un premier temps. En effet, il sera coûteux de remplacer tous les systèmes actuels : les investissements se feront progressivement selon les opportunités. Par ailleurs le cloud computing implique des changements tels, en termes d’utilisation, que bien des entreprises hésiteront à faire le pas.

Où sont mes données ?

Pour les convaincre, les fournisseurs proposent des solutions de réversibilité, c’est-à-dire la possibilité de rapatrier les données et les applications chez le client. C’est bien que les fournisseurs eux-mêmes sentent que cette technologie présente des risques, notamment celui de la panne. Les fournisseurs qui percent actuellement ont non seulement un niveau de service irréprochable, ils sont contraints plus que les autres d’obtenir la confiance de leurs futurs clients et de jouer la carte de la transparence. La notoriété joue un rôle primordial dans le choix du fournisseur.

La sécurité des données est également en jeu. Le moindre est que les procédures, les systèmes et les locaux fassent l’objet de certifications garantissant le niveau de sécurité. Au-delà il y a aussi le risque de panne et de sinistre. Il faut donc en plus une garantie de continuité d’activité. Enfin, il y a le risque de fuite des informations confidentielles. En fait ce risque est le même aujourd’hui : les données sont de plus en plus souvent hébergées hors de l’entreprise. Pour certains, la sécurité est mieux géré par un tiers : le fournisseur joue sa réputation à chaque instant, il vit avec au dessus de la tête une épée de Damoclès qui l’incite à renforcer sa sécurité. D’ailleurs c’est son métier, plus que celui de son client ! Après tout, les banques nous ont convaincu de leur confier notre argent, pourquoi ne pas confier nos données et nos systèmes à un tiers de confiance ?

Un avenir encore incertain

Pour l’instant, le cloud computing est un pari qui repose techniquement sur une base de plus en plus fragile : l’Internet. Selon l’équipementier télécom Cisco, en 2012, le trafic y sera 4 fois supérieur à celui de 2008 à cause des nouveaux usages (vidéo et télécommunications). Jusqu’où le réseau pourra-t-il absorber une telle croissance ? Conçu initialement pour faire transiter du simple texte, le réseau actuel s’est adapté mais ses capacités ne sont pas illimitées. En été 2008, deux failles majeures de sécurité ont été identifiées par des chercheurs : le 8 juillet, la possibilité de détourner des noms de domaine, de sorte que l’internaute qui dispose de la bonne adresse (www.latribune.fr) peut être aiguillé vers un faux site ; le 16 août, la possibilité de faire transiter des informations par un chemin où elles sont captées par un hacker avant d’être ensuite envoyées au bon destinataire qui ignore que les informations ont été piratées.

Des impacts économiques et sociaux considérables

Si le modèle s'impose définitivement, il s’accompagnera de nombreuses transformations économiques et sociales. Premièrement le réseau de demain reste encore à inventer. Peut-être une toile privée conçue à partir de la mutualisation de réseaux d’entreprises ? Ensuite, dans le domaine du droit, en cas de perquisition, où les autorités judiciaires vont-elles saisir les informations ? Qui sera responsable en cas de détournement des données sur la toile ? Les réponses restent à inventer. Au niveau des usages, chacun dispose aujourd’hui de ses données personnelles sur un support comme un ordinateur personnel, un CD, un disque dur, une clé USB. Demain les fichiers seront quelque part dans un nuage, accessible depuis un ordinateur ou un téléphone. Le marché de l’informatique passera par une phase de destruction créatrice sans précédent : bon nombre d’éditeurs de logiciels et hébergeurs ne disposeront pas du crédit de confiance suffisant et leurs clients se précipiteront chez des entreprises qui auront su créer une marque fondée sur une haute qualité de service, une réelle solidité financière et une excellente réputation. Les petites entreprises connaîtront la crise en premier. Les développeurs, eux, devront apprendre à maîtriser ces nouvelles technologies, une de plus, là n’est pas le problème.

Les entreprises seront face à un choix cornélien. Soit elles adoptent la nouvelle technologie et s’exposent à un possible clash technologique majeur. Soit elles restent à l’écart au risque que leurs concurrents en tirent les bénéfices significatifs qui leur confèrent un avantage concurrentiel.