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11 | 03 | 2010
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20

Mar

2009

Dynamique de création de valeur par les SI - par le CIGREF et McKinsey & Company
Blog - Recherche en sciences économiques
Écrit par Yves Cavarec   

Le Délégué Général du CIGREF (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises) m’a demandé une lecture de l’étude réalisée par McKinsey en 2008 sur la Dynamique de la création de valeur par les systèmes d’information. Voici ma restitution à Jean-François Pépin.

Le document est très dense et très riche et je partage l’analyse dans l’ensemble. Aussi plutôt que d’en discuter un point particulier, je suggère d’élargir le cadre : McKinsey se concentre en effet sur les facteurs de création de valeur endogènes à l’entreprise. Or une partie de la valeur créée par les investissements dans les SI échappent à l’entreprise. Le management joue un rôle en laissant échapper cette valeur ou au contraire en essayant de la capter.

Rappels de l’analyse

L’analyse met en avant que la performance du SI se lit dans les gains de productivité, l’augmentation des ventes, la réduction des temps de cycle ou les bilans commerciaux.

Un investissement informatique ne génère pas mécaniquement de la valeur. La valeur de l’informatique tient principalement dans son usage, plus que dans le patrimoine technique accumulé au fur et à mesure des investissements.

L’existence d’une valeur d’usage suppose:

  • Un dialogue de qualité en amont entre DM et DSI pour un partage des objectifs
  • Une maîtrise des fondamentaux techniques par la DSI
  • Une transformation de l’entreprise visant à une bonne appropriation des outils

 

Le mérite de l’analyse

Cette analyse est intéressante, car elle explique le paradoxe de Solow. On peut mettre des ordinateurs partout, cela ne suffit pas à accroître la productivité! Elle tranche avec la vision actuelle du Syntec Informatique: McKinsey montre que faciliter les investissements informatiques n’accroît pas systématiquement la compétitivité des entreprises utilisatrices.

 

Au-delà de l’analyse de McKinsey

McKinsey n’explique que partiellement la création de valeur par le système d’information. Dans l’analyse, tout se passe comme si l’entreprise était coupée du monde. Or l’entreprise est soumise à des forces extérieures qui font parfois obstacle à la création valeur créée par le SI.

1.       L’entreprise est soumise à des forces concurrentielles de plus en plus vives.

Il faut du temps pour construire un SI. Or les conditions concurrentielles, la stratégie de l’entreprise ou le contexte macro-économique (la crise actuelle en est une illustration) peuvent changer, rendant obsolète une commande réalisée 18 mois auparavant.

2.       Créer de la valeur, d’accord, mais qui seront les bénéficiaires?

L’entreprise s’inscrit dans un écosystème où chaque stakeholder cherche à s’approprier une part toujours plus importante des ressources et de la valeur créée par l’entreprise.

  • Pour l’État et les collectivités locales, l’entreprise est un pourvoyeur d’emplois et un contribuable
  • Pour les clients, l’entreprise fournit plus ou moins de produits et de services pour un prix donné
  • Pour les fournisseurs, l’entreprise est acquéreur potentiel de ses solutions
  • Pour les salariés, l’entreprise est un employeur à qui on doit un temps de travail contre rémunération
  • Pour l’actionnaire, l’entreprise est une ligne plus ou moins épaisse dans un portefeuille de titres plus ou moins stables dans le temps

Répartition de la valeur entre stakeholders : un jeu de pouvoirs

Chaque stakeholder est susceptible de capter une partie de la valeur. Les décisions de gestion déterminent la part qui revient à chacun. En la matière il n’y a pas de règle, juste des jeux de pouvoirs.

 

Stakeholders

Valeur captée lors d’un projet informatique

Que peut faire l’entreprise?

Le fournisseur

Il bénéficie de l’achat de produits et services informatiques par l’entreprise. Pour lui peu importe la valeur d’usage.

La répartition de la valeur entre l’entreprise et ses fournisseurs dépend des pouvoirs de négociation: qui doit allégeance à qui?

L’entreprise s’assurera que les dépenses engagées vise ses intérêts.

Le salarié

La solution peut lui apporter un meilleur confort dans son travail, lui permettre de faire mieux, plus vite et pour moins d’effort ou remettre en cause sa position.

Le reengineering des processus permet d’optimiser l’allocation des ressources.

L’informaticien

Il s’enrichit de savoir-faire spécifiques, d’expériences qui renforcent son employabilité

En fidélisant ce salarié, l’entreprise pourra tirer profit de ces nouvelles connaissances

L’État

Parfois il attend une mise en conformité réglementaire. Parfois il peut faire obstacle à une réorganisation.

Négocier dans certains pays

Le client

Il bénéficiera peut-être demain de produits et services enrichis en valeur ajoutée

L’entreprise peut augmenter ses tarifs ou accroître sa position concurrentielle (fidélisation, part de marché).

L’actionnaire

La valeur pour l’actionnaire est une valeur résiduelle: elle peut avoir été captée en amont par les autres stakeholders

Le contrôle interne s’assurera que les intérêts des actionnaires sont préservés, mais il n’est pas supposé contester les décisions de gestion.

 

Autres questions posées par l’analyse

L’analyse de McKinsey pose peut-être quelques difficultés pratiques quant à la mise en œuvre des recommandations:

L’informatique centre de gestion équilibré?

  • Selon l’analyse de McKinsey, la direction du SI ne peut être un centre de profit: DSI et DM doit partager une logique métier. Ce ne sera pas non plus un centre de coût: les dépenses informatiques ne suivent pas une logique strictement budgétaire. Ce sera donc un centre de gestion équilibré où DM se voient imputer les coûts selon leur consommation.
  • Ceci suppose une certaine maturité de l’entreprise : le DSI doit traiter d’égal à égal avec le directeur financier par exemple…

Où seront traitées les questions de gouvernance?

  • Les conseils d’administration qui traitent de la gouvernance d’entreprise vont-ils s’approprier la question de la gouvernance informatique? Les administrateurs sont-ils disposés à cela? Sont-ils compétents?

Comment mesurer la valeur?

  • McKinsey ne propose pas de solution concrète pour évaluer la valeur du SI. Le recours à des tableaux de bord ne permet pas d’optimiser l’allocation des ressources. Au mieux il constitue une piste pour dire si la valeur est créée ou non.