10 Nov 2008 |
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Trois chercheurs américains ont étudié les impacts de SAP sur 623 entreprises cotées (1). Leurs conclusions (détaillées ici) sont complaisantes avec l’éditeur allemand (voir critique des conclusions). Toutefois les résultats chiffrés résultent d’une démarche intéressante, ce qui a valu aux auteurs la reconnaissance de leurs pairs. Il faut dire que c'est la première étude qui analyse les effets de la mise en production d'un outil et non les effets des investissements : on sait qu'entre les premières dépenses d'un projet et sa livraison il peut s'écouler trois années. En synthèse, quand les projets réussissent les ERP modifient la structure des entreprises, donc les processus mais ils ne créent pas de valeur. On peut interpréter ce résultat de manière optimiste en considérant qu'en l'absence de projet, les résultats auraient été pire... ce qui n'est pas démontré.
Seuls des projets réussis ont été étudiés Il s’agit de résultats concernant les seuls projets qui ont donné lieu à des mises en production : les projets abandonnés ne sont pas traités. On ne connait pas le nombre de projets SAP abandonnés. On se souviendra toutefois que le Gartner Group estimait en 2002 que les projets informatiques abandonnés représentent une dépense d’environ 600 milliards de dollars américains chaque année dans le monde, soit 20% des dépenses informatiques. Il faut garder en tête que les résultats ne concernent que les projets réussis. Le coût du projet est la partie émergée de l’iceberg Les résultats des chercheurs montrent que les enjeux d’un projet ERP ne se limitent par aux dépenses du projet (licences, matériels, charges d’intégration) : ils impactent l’organisation dans son ensemble. Les investissements informatiques sont complémentaires de dépenses liées à la transformation des entreprises. Toujours selon nos chercheurs, ces dépenses représentent jusqu’à 10 fois les coûts du projet (1). Impact positif sur les besoins en fonds de roulement Le principal bénéfice de la mise en place d’un ERP se voit au niveau de la gestion des stocks. En moyenne le taux de rotation des stocks s’améliore de 10% grâce à l’ERP, de 12,5% grâce à un outil de gestion des approvisionnements (Supply Chain Management) et de plus de 20% grâce au CRM (avec une moins bonne corrélation). Explosion des dépenses des entreprises Ces charges ne sont pas détaillées par les chercheurs. Mais elles apparaissent clairement par le biais de ratios tels que la hausse de la productivité du travail (+37% avec le SCM) et l’augmentation du rendement des actifs économiques, même si pour cet indicateur la corrélation n’est pas clairement établie avec les mises en production). Ces deux indicateurs devraient permettre d’accroître la rentabilité de l’entreprise. Or il n’en est rien : le résultat net baisse de 10,7% avec la mise en production des ERP et « les impacts sont négligeables sur les résultats financiers » pour le CRM et le SCM. C’est donc que les gains de productivité (travail et actifs) sont compensés par un accroissement des dépenses : il aurait été intéressant de disposer d’informations détaillées sur les dépenses. Quand à la hausse de la rentabilité des capitaux propres, elle s’explique davantage par le changement opéré au niveau de la structure financière de l’entreprise (plus de recours à la dette). Il aurait été intéressant de disposer d’analyses sur la rentabilité économique de l’entreprise (impact sur le return on capital employed par exemple) indépendamment de la structure financière. Quelques mystères dans les résultats Les chercheurs n’expliquent pas comment la mise en place d’un SCM améliore le recouvrement des créances clients… alors que le CRM (outil de gestion de la relation client) a un impact négligeable ! Par ailleurs, compte tenu de la baisse des stock, on pourrait s'attendre à une réduction des dettes de l'entreprise. Or au contraire, les dettes augmentent. Toutefois il n'y a pas de corrélation statistique entre la mise en place des outils et le recours à l'endettement selon les auteurs. Téléchargez le tableau des résultats
(1). Références : 1999 Brynjolfsson & Yang : “The Intangible Benefits and Costs of Computer Investments: Evidence from Financial Markets” 2002 Brynjolfsson, Hitt & Yang : “Intangible Assets: How the Interaction of Computers and Organizational Structure Affects Stock Market Valuations” 2006 Aral, Brynjolfsson, Wu : “Which Came First, IT or Productivity? The Virtuous Cycle Of Investment And Use In Enterprise Systems" |
