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11 | 03 | 2010
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Avr

2009

Les projets informatiques existent-ils ?
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Écrit par Yves Cavarec   

Bien sûr que oui, les projets informatiques existent ! Googlisez donc « projet informatique » et vous obtiendrez environ 700 000 pages indexées. Et ce n’est pas une spécificité française : « IT project management » et « IT project manager » rapporte plus de 1 millions de pages.

Pourquoi quand on prononce ces deux mots, les dirigeants d’entreprise font-ils une moue de méfiance et deux pas en arrière ?

Est-ce à cause de projet ou à cause d’informatique ? Pourquoi les PMP qui travaillent sur des projets industriels manifestent-ils une certaine condescendance à l’égard des projets informatiques ? Ces derniers n’ont ni une bonne réputation ni de bonnes statistiques. Le Standish Group a évalué que 31% des projets informatiques seraient abandonnés, alors que 53% coûteraient 89% de plus que le budget initial. Le Gartner Group a évalué en 2002 que 600 milliards de dollars US seraient gaspillés chaque années à cause de projets informatiques mal engagés…

 

Pourquoi un tel niveau d’échec ?

L’informatique n’est qu’une composante d’un projet d’entreprise plus large

L’IT Governance Institute impute ces échecs à un mauvais alignement entre les investissements informatiques et la stratégie de l’entreprise. Autrement dit, l’entreprise irait dans une direction tandis que la direction informatique prendrait un autre chemin.  Il y aurait un défaut de gouvernance du système d’information.

Une explication complémentaire est donnée par John Thorp (The Information Paradox, McGraw Hill, 1996). Selon lui, on se focalise trop sur la solution technique (les applications et l’infrastructure) alors que les investissements informatiques nécessitent des investissements complémentaires indispensables pour transformer l’organisation et lui permettre de tirer les bénéfices des nouveaux outils. Par exemple l’implémentation d’un site de e-commerce nécessite entre autres la mise en œuvre d’une chaîne de distribution et de logistique spécifique.

La transformation de l’entreprise échappe à celui que l’on désigne comme chef de projet informatique, qui se concentre sur les applications, les données et l’infrastructure. Si l’entreprise doit s’adapter à l’outil informatique, il n’est pas certain que les résultats soient ceux qu’on anticipait en début du projet. Et si l’on veut adapter l’outil informatique une fois qu’il est installé, c’est trop tard : on perd beaucoup de temps et beaucoup d’argent. Il faut donc mener conjointement les deux chantiers : celui de la transformation et la réalisation de l’outil. Et il ne peut y avoir deux chefs pour un même projet. C’est ainsi qu’il ne peut y avoir de chef de projet informatique. Il y a un chef de projet dont une composante est informatique.

Les dirigeants ont-ils conscience de cela ?

Le dirigeant a-t-il conscience de l’effort de transformation qui accompagne la mise en place de la solution technologique ? Pour m’en faire une idée, j’ai interrogé 226 dirigeants de PME de plus de 150 entreprises. Certains résultats sont encourageants : 76% des dirigeants considèrent que l’informatique ne peut être traitée isolément par rapport au reste de l’entreprise. Ils sont donc conscients de la nécessité de faire évoluer l’entreprise pour tirer les bénéfices de l’investissement informatique.

Pour autant, la question de la gouvernance informatique n’est que rarement traitée et le directeur informatique se retrouve souvent juge et partie.

Tableau 1 – Question sur la gouvernance informatique

Analyse des risques inhérents aux projets informatiques

Une analyse globale des réponses permet de répartir les répondants sur des profils prédéfinis détaillés dans le tableau 3. Le graphe 1 permet de visualiser cette répartition selon deux axes :

-          l'axe de la confiance dans les technologies de l'information : avec d'un côté ceux pour qui les technologies de l'information sont a priori bénéfiques (les modernes) et de l'autre ceux qui s'en méfient ou les méconnaissent (les sceptiques)

-         l'axe de la planification : sur lequel on retrouve d’un côté ceux qui vont penser l'organisation dans le temps et anticiper les changements (les organisateurs) et de l'autre ceux qui sont plus réactifs et davantage dans l'urgence (les spontanés)

Graphe 1 – répartition des répondants par profil

 

Tableau 3 – détail des profils


Le graphe s’interprète de la façon suivante : les répondants qui se situent au tiers central des deux axes (les tempérés) ont une approche structurée de l’informatique, tandis que ceux qui se situent aux tiers extrêmes s’exposent aux risques détaillés dans le tableau 2.

Tableau 2 – risques par profil

Selon cette analyse, moins de 30% des entreprises sont bien positionnées pour mener conjointement la transformation et la réalisation de l’outil informatique.

La rentabilité des projets et rentabilité de l’informatique

82% des chefs d’entreprises interrogés souhaiteraient évaluer la performance de l’informatique, mais seuls 28% disent y parvenir.

Cette question, prise sous divers angles, a fait l’objet de nombreux débats depuis le paradoxe de Solow en 1987. Quelques mois avant d’obtenir son prix à la mémoire d’Alfred Nobel, l’économiste Robert Solow publiait un article scientifique dans lequel il montrait l’absence de relation statistique entre équipement informatique et productivité économique au niveau des nations : « on voit l’informatique partout sauf dans les statistiques ». En juin 2008 McKinsey produisait pour le Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises (CIGREF), une étude qui allaient dans le même sens, mais cette fois au niveau des entreprises : la valeur de l’informatique ne réside pas dans la technologie mais dans l’usage qu’on en fait.

La seule façon pour une entreprise de prendre une décision est de mettre en perspective l’ensemble des dépenses du projet avec les bénéfices attendus. Pour ceci, le chef de projet informatique (car il existe, Google le dit) ne dispose pas de la vision d’ensemble. Le problème est qu’il n’existe pas toujours de chef de projet qualifié, disponible et accepté par les managers pour prendre en main le projet, notamment dans les petites et moyennes entreprises. Dans ce contexte, il y a peu de chance que les statistiques des projets à composante informatique s’améliorent dans un avenir proche.

Résultats complets de l'étude disponibles ici